Présentation -Partie I de My Story / Version Française

” Dans chaque crise il y’a un message. Les crises sont un moyen de la nature de forcer le changement – briser les anciennes structures, secouer les habitudes négatives afin que quelque chose de nouveau et de mieux puisse prendre leur place”  Susan L. Tayolr

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Je m’appelle Neika, J’ai 27 ans. Je suis née en Haiti, j’ai vécu quelques années en Amérique du Sud (Guyane française..) avant d’atterrir en France, pays dans lequel j’ai vécu le plus longtemps pour l’instant.

À présent je vis à Berlin en Allemagne, depuis trois ans.

Alors, selon vous, je suis de quelle nationalité? Haitienne ? Guyanaise ? Française ? Allemande ?

Je suis française. Enfin… mes papiers me disent française. Mais je ne me suis jamais vraiment sentie française.

J’apprécie énormément la nourriture et la culture, j’admire l’art et la mode, j’ai expérimenté leur façon de vivre, ai pris l’accent, étudié leur histoire, appris leur géographie, lu leurs livres… Mais cela m’a toujours semblé être du point de vue d’un étranger :

Tu en reconnais la beauté, mais tu n’as jamais senti que c’était vraiment ta place.

Peut-être que c’est parce que je ne suis pas née en France.

J’ai acquis la nationalité française à 13 ou 14 ans. Juste comme ça, j’ai reçu un bout de papier et du jour au lendemain, je n’étais plus haïtienne mais française. Pas de cérémonie, pas d’hymne à réciter par cœur, pas de félicitations. On aurait pu penser que quelque chose altérant ta personnalité, ta façon de te présenter, la façon dont on te voit à l’étranger, mériterait au moins un toast ou un discours pour marquer le coup.

Mais en vérité, je ne l’ai même pas choisi, c’est juste arrivé. Ma mère pensait que ce serait plus pratique. Et je dois avouer qu’elle a eu raison. C’était un jour comme un autre et j’étais devenue française

Peut-etre que je ne me sens pas française parce que je suis noire.

Peut-être est-ce parce qu’en France, les gens me demandent toujours “tu viens d’où ?” Ou “tu es quoi ?” Avant même que je n’ouvre la bouche. Ce n’est pas vaiment un problème pour moi vu que je ne suis effectivement pas née en France. Mais j’ai compris plus tard que pour certaines personnes de couleurs, qui sont nés et ont grandis en France, être sans cesse interrogés sur leur origines peut être frustrant. Je ne parle même pas des personnes nées dans les Antilles françaises ou comme ma soeur et mon frère en Guyane Française, qui est sensé être aussi la France, même si c’est sur un autre continent.

Quand je suis arrivée en France j’avais environ 10 ans. Et c’est environ à cet âge là que je me suis rendu compte que j’étais noire. J’étais « différente » des autres.

Certaines personnes pourraient se moquer de moi à cause de la couleur de ma peau,

Certaines personnes pourraient m’insulter à cause de la couleur de ma peau,

Certaines personnes pourraient se sentir meilleur que moi juste à cause de la couleur de ma peau,

Certaines personnes pourraient se sentir menacer par moi à cause de la couleur de ma peau.

Et ce sans même que je ne dise un seul mot.

Même Jonathan, le gars qui a redoublé la 2e (“deuxième”).”>6ème deux fois et pouvait à peine lire quand je ne pouvais décider qui de Baudelaire ou de Rimbaud je préférais. Même lui se sentait le droit de m’insulter de sale noire.

Les blancs.

Avec leurs bons sentiments, leurs compliments qui n’en sont pas vraiment. « Oh mais, tu n’as pas l’accent africain ! Tu parles bien ! »

Parce que l’Afrique est le seul endroit au monde où il y a des noirs ? L’esclavage, la colonisation, la mondialisation ne se sont jamais produits et parler français avec l’accent français veut dire que tu n’as pas d’accent. Pourtant, même en France il y a des régions où les gens ont de très forts accents, cela voudrait dire qu’ils parlent mal le français ?Leurs tentatives de vous faire endosser leurs commentaires racistes avec des phrases comme: « Je ne suis pas raciste: tu es black! Et tu es mon ami, mais les noirs… »ou le classique « Je n’aime pas les Black, à part toi bien sûr. ».

De mes 10 ans jusqu’à présent, j’ai fait l’expérience de toutes les sortes de racisme possible.

Le racisme silencieux, quand tu as reçu cette proposition d’emploi. Les premiers contacts se sont bien passés par téléphone, ils semblaient enthousiastes et intéressés par ton profil. Tu as bien remarqué qu’ils ont inversé et francisé à plusieurs reprises ton prénom et ton nom de famille, mais tu es habituée. Tes professeurs, tes amis blancs, tout le monde fait ça parce qu’ils sont apparemment trop fainéant pour apprendre à prononcer ton prénom correctement, alors parfois tu abandonnes.

Mais ils ont refusé finalement de t’engager sans donner de raison après l’entretien en face à face qui s’est déroulé dans un bureau où tout le monde sans exception est blanc.

Le racisme hypocrite, celui qui t’a souri, t’a fait croire que vous aviez une connexion et a dit à ton ami « Hé, elle est super Neika ! Dommage que je n’aime pas les blacks ! »

Le racisme bruyant et stupide. (merci banania!).

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Le racisme bizarre.

Étant une femme noire, on m’a dit que j’étais laide, on m’a dit que j’étais « sauvage » j’ai été fétichisée. Je me suis sentie comme le fantasme de cet homme blanc en manque d’exotisme, qui pense qu’il peut te posséder en t’achetant.

Même mes amis, même les personnes qui tiennent profondément à moi me l’ont fait ressentir à un moment donné.

Je suis noire,

Donc, je ne suis pas d’ici.

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