Alors, je viens d’où? Partie II de my Story

Rpublique Dominicaine - Bayahibe

« Retourne en Afrique » Avril 2002, après les résultats du premier tours des présidentielles française

Bizarrement, je n’avais jamais pensé à l’Afrique jusqu’à mes 18 ans. Pour moi l’Afrique était ce concept distant, si loin, dangereux, toujours en guerre, où vivaient des gens pauvres, inéduqués et affamés.

C’était aussi l’endroit où vivaient ces arnaqueurs d’internet. Vous savez, vous avez déjà reçu ces mails : vous suppliant d’aider l’unique héritier de millions de dollars bloqués sur des compte épargnes au Nigéria (ou bien c’était au Congo ? Ou au Cameroun ? C’est la même chose n’est-ce pas …) et pour débloquer ces comptes l’héritier a toujours besoin que vous lui envoyiez de l’argent d’abord? Oh pas beaucoup, de 100 à 1000 dollars. Mais ce n’est évidemment rien en comparaison de ce que vous pourriez toucher en compensation de votre aide…Je me suis toujours demandé combien de personnes tombaient dans le panneau…

Enfin bon, je ne connaissait rien à l’Afrique et c’était l’endroit où les racistes me disaient de retourner.

Pourtant, je suis née en Haiti et aussi loin que vont mes connaissances en géographie, c’est une ile située dans les grandes antilles entre l’Amérique du Sud et du Nord. Donc assez loin de l’Afrique.

Je m’efforcais de leur faire comprendre, un peu vexée qu’ils puissent penser que j’étais une africaine, mais ça n’avait pas d’importance.

Tu es noire, tu viens d’Afrique.

À cette époque je me rappelle avoir pensé qu’ils étaient très ignorant.

Je n’aurais jamais pu imaginée que j’étais celle qui était ingnorante.

Je savais tout sur Louis XIV et les philosophes des Lumières, Charlemagne et Napoléon Bonaparte, le première et la seconde guerre mondiale, mais on parlait tellement peu de l’Afrique à l’école qu’on aurait pu penser que l’Afrique ne faisait pas parti dudit « Monde ».

Quand je suis arrivée en France, je vivais avec ma mère, mon frère et ma sœur.

Et ma mère se battait tellement pour nous offrir un endroit ou vivre et de quoi manger qu’elle n’avait jamais vraiment le temps de nous parler de nos origines. Et elle nous parlait créole uniquement lorsqu’elle était en colère.

Nous étions en tant qu’enfant tellement concentrés sur le fait d’être acceptés et de nous adapter à ce nouveau pays qu’on ne posait pas non plus tellement de questions.

Nous vivions dans une petite ville du sud de la France où ma famille et moi étions les seuls noirs.

Je me rappelle de ce jour où une amie s’est moqué de mon accent créole. Oh, ce n’était pas méchant ou mal intentionné, juste une blague. Je prononcais le mot « mes » « mêê », du coup ça lui rappelait le braillement d’une chèvre et pendant une semaine j’ai reçu le traitement de la chèvre. « Neika mêê ». Oui les enfants peuvent être cruels. C’est ce jour là que j’ai décidé de parler français avec l’accent francais de base. Pas même l’accent du sud de la France. Français comme à la télé.

Donc, jusqu’au jour où mon beau père est arrivé dans nos vie, nous n’étions plus confronté à la culture haitienne depuis déjà plusieurs années.

Mon beau père est haitien, il est né et a grandit là bas. Il était en France depuis un an quand on l’a rencontré. Et son arrivée à ouvert tout un nouveau monde de cousins, tantes, oncles, et j’ai personnellement commencé à m’interroger un peu plus sur Haiti et sa culture.

Mes nouveaux cousins parlaient créole, écoutait du zouk et du kompa, mangeait du griot des banane pezé et du riz sauce pois.

Et la musique, la dance. La Dancehall a été une révélation. Sean Paul dominait les charts et était sur toute les radios.

200

Ce sont les premiers meilleurs souvenirs de ma vie. C’était la première fois que je ne me sentais pas comme une étrangère observant une scène qui lui était imposée, mais comme une personne appréciant pleinement les odeurs le language et les rythmes qu’elle avait connu, mais oublié pendant si longtemps.

Je viens d’Haiti et même si j’ai perdu ma culture dans le processus d’intégration à la France, mon cœur et mon âme s’en rappelaient.

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Les autres parties de mon histoire ici :

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3 thoughts on “Alors, je viens d’où? Partie II de my Story

  1. En lisant ceci je me dis que je suis tellement content de pas avoir grandi en France mais si je suis ici depuis quelques années. Je n’ai pas eu à passer par la case “tentative d’intégration” et ainsi de suite.
    J’ai par contre vécu les différents exemples de racisme – on m’a dit que je n’avais pas d’accent (en plus je suis anglophone donc ils ont en d’autant plus parlé), qu’on n’aimait pas les noirs à part moi etc.

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    1. Oui ça me fait penser en anglais quand on dit “you are articulate”. C’est super dérangeant cette façon de vouloir valider notre façon de parler parce que clairement à part pour un enfant de 3 ans, ils ne diraient jamais ça à un caucasien ayant vécut et grandit en France. Merci pour ton commentaire.

      Liked by 1 person

      1. Pour moi ça été un peu une guerre d’attrition. J’ai enfin arrêté de comprendre pourquoi ils tiennent à me dire ce genre de choses. That’s just how they are…

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